Épicondylite Latérale (Tennis Elbow)

L’épicondylite latérale, communément appelée « tennis elbow », est une atteinte des tendons extenseurs du poignet et des doigts à leur insertion sur l’épicondyle latéral du coude. Le terme évolue d’ailleurs dans la littérature vers « tendinopathie d’insertion épicondylienne latérale », car il ne s’agit pas d’une simple inflammation mais d’une atteinte dégénérative des fibres tendineuses. Elle touche principalement les adultes entre 35 et 55 ans, dans un contexte de sollicitations répétées (travail manuel, bricolage, sports de raquette).

Mon approche thérapeutique privilégie au maximum un traitement conservateur, en associant rééducation spécialisée, orthèses (attelle la nuit, bracelet épicondylien le jour) et injections de plasma riche en plaquettes (PRP) que je réalise moi-même au cabinet. Je réserve la chirurgie aux cas rebelles après plusieurs mois de traitement médical bien conduit — ses résultats ne sont pas garantis et l’échec reste le risque principal.

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Symptômes

  • Douleur à la face externe du coude, exacerbée par l'extension du poignet et la supination
  • Douleur à la préhension ferme (ouvrir un bocal, serrer une main, soulever un objet)
  • Irradiation possible sur la face externe de l'avant-bras
  • Perte de force de préhension
  • Raideur matinale du coude dans les formes installées
  • Gêne persistante dans les activités professionnelles ou sportives malgré le repos

Causes & facteurs

  • Micro-traumatismes répétés : sports de raquette (surtout mauvaise technique de revers), travail manuel, bricolage
  • Surcharge tendineuse liée à une reprise brutale d'activité ou un changement d'outils
  • Vieillissement tendineux (dégénérescence physiologique à partir de 35-40 ans)
  • Facteurs favorisants : tabagisme, diabète, surpoids
  • Geste professionnel répétitif (contexte accident du travail / maladie professionnelle)

Examens

  • Radiographies du coude : éliminent une arthrose, une ostéochondromatose ou une calcification associée
  • Échographie : examen dynamique de première intention, confirme la tendinopathie et détecte d'éventuelles calcifications ou déchirures
  • IRM : réservée aux cas rebelles ou en vue d'une décision chirurgicale, pour préciser l'état des fibres tendineuses
  • EMG : en cas de doute diagnostique avec une compression nerveuse du nerf radial associée (syndrome du supinateur)

Traitements

Non chirurgical

Rééducation spécialisée (pilier du traitement) Je considère la rééducation comme la base du traitement conservateur. Un programme structuré auprès d'un kinésithérapeute formé (étirements spécifiques des extenseurs, renforcement excentrique progressif, massage transverse profond, travail postural) donne de très bons résultats dans la majorité des cas. Il faut généralement 2 à 3 mois pour en évaluer l'efficacité.
Orthèses combinées : attelle nocturne + bracelet diurne J'associe systématiquement deux types d'orthèses : une attelle de repos la nuit (poignet en extension) pour mettre les tendons au repos pendant le sommeil, et un bracelet épicondylien (« contre-force ») le jour lors des activités sollicitantes, pour décharger la zone d'insertion tendineuse. Cette combinaison améliore nettement les résultats de la rééducation.
Injections de PRP (plasma riche en plaquettes) — réalisées au cabinet Je pratique les injections de PRP directement au cabinet. Le PRP agit en stimulant la cicatrisation des fibres tendineuses, avec un effet progressif mais durable. Les études récentes montrent que le PRP offre de meilleurs résultats que les infiltrations de corticoïdes à long terme (≥ 6 mois). C'est mon geste infiltratif de première intention dans les formes résistantes à la rééducation seule.
Adaptation des activités et ergonomie Modification des gestes déclenchants, adaptation du matériel (raquette plus souple, meilleure technique), organisation du poste de travail si besoin. C'est un levier trop souvent négligé qui peut résoudre durablement les symptômes.
Ondes de choc extracorporelles Option complémentaire utile dans certains centres spécialisés, particulièrement en cas de calcifications associées ou d'échec des mesures précédentes.
Infiltrations de corticoïdes (à éviter désormais) Les recommandations récentes déconseillent les infiltrations de corticoïdes en routine. Elles soulagent à court terme (quelques semaines) mais exposent à un risque élevé de récidive et un pire pronostic fonctionnel à moyen et long terme (jusqu'à 72% de récidive dans certaines études). Je ne les propose plus en première intention. Elles peuvent rester une option ponctuelle dans des situations très particulières, à discuter au cas par cas.

Chirurgical (opérations)

Pronostic & Prévention

Le pronostic de l’épicondylite latérale est globalement favorable avec un traitement conservateur bien conduit : la majorité des patients s’améliorent durablement en 3 à 6 mois. L’évolution spontanée favorable est fréquente, ce qui justifie de ne pas précipiter les gestes invasifs.

Deux situations à connaître pour relativiser l’optimisme général :

  • Contexte accident du travail / maladie professionnelle (AT/MP) : les études montrent un pronostic nettement péjoratif dans ce contexte, avec des taux d’échec du traitement (conservateur comme chirurgical) significativement plus élevés. La littérature mentionne explicitement les bénéfices secondaires et le mécontentement professionnel comme facteurs de mauvaise réponse thérapeutique. Un accompagnement global (reclassement, ergonomie, accompagnement psychologique) est souvent nécessaire.
  • Passage à la chronicité : certaines formes, notamment après infiltrations répétées de corticoïdes ou activité professionnelle inchangée, évoluent vers une chronicité qui complique la prise en charge. D’où l’intérêt d’une prise en charge précoce par rééducation et adaptation gestuelle, sans précipiter les infiltrations de corticoïdes.

FAQ

Pourquoi déconseiller les infiltrations de corticoïdes maintenant ?

Parce que les études récentes montrent des récidives fréquentes et un pire pronostic fonctionnel à long terme après corticoïdes. Le soulagement à court terme (2 à 6 semaines) est réel, mais à 6 mois et à 1 an, les patients infiltrés vont moins bien que ceux qui ont été pris en charge par rééducation seule. Jusqu'à 72% de récidive après infiltration contre 8% avec kinésithérapie. Les méta-analyses 2024 et 2025 (incluant jusqu'à 26 essais randomisés et près de 1 900 patients) confirment cette tendance : les corticoïdes améliorent rapidement les symptômes à court terme mais exposent à plus de récidives et à un pire pronostic fonctionnel à long terme. Je les évite désormais en routine. Je peux en discuter avec vous dans des situations particulières mais ce n'est plus mon choix de première intention.

Pourquoi privilégiez-vous le PRP ?

Le PRP (plasma riche en plaquettes) stimule la cicatrisation des fibres tendineuses sans les fragiliser, contrairement aux corticoïdes qui peuvent à long terme aggraver la dégénérescence du tendon. Le principe est simple : on prélève une petite quantité de votre sang, on en sépare le plasma enrichi en plaquettes par centrifugation, puis on l'injecte dans la zone lésée. Les facteurs de croissance contenus dans les plaquettes vont stimuler la réparation tendineuse sur plusieurs semaines. Les études récentes confirment que le PRP donne de meilleurs résultats à long terme (≥ 6 mois) sur la douleur et la fonction, avec un profil de tolérance favorable et sans les effets secondaires des corticoïdes. Je réalise les injections moi-même au cabinet, sous contrôle clinique ou échographique pour cibler précisément la zone pathologique. Cela simplifie votre parcours, garantit un geste précis, et permet d'enchaîner avec la rééducation dans un calendrier optimisé. Le bénéfice clinique apparaît typiquement entre la 4e et la 8e semaine après l'injection.

Combien de temps faut-il poursuivre le traitement conservateur avant d'envisager la chirurgie ?

Le traitement conservateur doit être poursuivi au moins 6 mois avant d'envisager une chirurgie, et idéalement 9 à 12 mois dans les formes peu invalidantes — l'évolution spontanément favorable est fréquente dans l'épicondylite latérale, et précipiter la chirurgie expose à des échecs évitables. La prise en charge bien conduite associe : rééducation régulière (renforcement excentrique des extenseurs, étirements, travail postural scapulaire), orthèses (bracelet épicondylien pour les activités déclenchantes, parfois orthèse statique nocturne), adaptation des gestes professionnels et sportifs, et PRP en injection ciblée si l'évolution stagne. Je fais un point clinique à 3 mois pour évaluer la trajectoire et ajuster la stratégie : si la douleur diminue progressivement, on continue ; si elle stagne, on intensifie ou on ajoute un PRP ; si elle s'aggrave malgré tout à 6 mois et qu'elle retentit sur votre vie quotidienne ou professionnelle, alors la chirurgie devient légitime à discuter. Cette stratégie progressive donne les meilleurs résultats à long terme.

Que se passe-t-il si ma pathologie est reconnue en maladie professionnelle ?

La reconnaissance en AT/MP est utile pour la prise en charge administrative, mais elle n'améliore pas mécaniquement le pronostic médical. Les études montrent au contraire un pronostic péjoratif dans ce contexte, avec plus d'échecs thérapeutiques. Cela tient à plusieurs facteurs : poursuite du geste déclenchant en attendant un reclassement, bénéfices secondaires, situation professionnelle difficile. Un accompagnement global (ergonomie, aménagement du poste, parfois suivi psychologique) est souvent indispensable pour obtenir de bons résultats.

Quand la chirurgie devient-elle vraiment nécessaire ?

La chirurgie devient légitime à discuter quand le traitement conservateur bien conduit a échoué après au moins 6 mois — voire 9 à 12 mois dans les formes peu invalidantes — avec des douleurs persistantes qui retentissent significativement sur votre vie professionnelle, quotidienne ou sportive. Je privilégie à fond les alternatives conservatrices (rééducation, orthèses, adaptation des gestes, PRP) avant d'en arriver là. La technique que je pratique est la ténotomie des épicondyliens latéraux à ciel ouvert, parfois associée à une libération nerveuse si le diagnostic l'impose. Le geste se réalise en ambulatoire, sous anesthésie locorégionale. Dans les bonnes indications (patient motivé, douleur bien localisée, absence de contexte défavorable), les résultats sont généralement bons — on cite couramment 85 à 95 % de succès dans les séries publiées. Le pronostic est cependant moins favorable en contexte AT/MP, où le risque d'échec devient la préoccupation principale à discuter honnêtement avant la décision.

Chaque patient est unique, et la prise en charge doit être personnalisée. Une consultation spécialisée est nécessaire pour confirmer le diagnostic et proposer le traitement le plus adapté.

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